Un membre des Forces démocratiques syriennes (FDS) déployé à Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie. (Photo d’archives : AFP)

Damas impose un ultimatum de quatre jours aux forces kurdes, Washington acte la fin de son parrainage

Un membre des Forces démocratiques syriennes (FDS) déployé à Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie. (Photo d’archives : AFP)
Un membre des Forces démocratiques syriennes déployé à Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie. (Photo d’archives : AFP)

Damas a annoncé mardi un cessez-le-feu avec les forces kurdes du nord-est de la Syrie et leur a accordé un délai de quatre jours pour accepter leur intégration au sein de l’État central. Un tournant majeur, entériné par un signal politique fort de Washington, qui presse désormais ses anciens alliés kurdes d’adhérer à l’offre syrienne.

Cette séquence marque le plus important basculement territorial depuis la chute de Bachar el-Assad, renversé par les rebelles il y a treize mois. Les avancées rapides des forces gouvernementales et le retrait progressif du soutien américain au contrôle territorial des Forces démocratiques syriennes (FDS) redessinent en profondeur l’équilibre sécuritaire du pays.

Dans un message publié sur X/Twitter, l’émissaire américain Tom Barrack a qualifié l’offre de Damas de « meilleure opportunité » pour les Kurdes, mettant en avant une intégration à l’État syrien assortie de droits de citoyenneté, de garanties culturelles et d’une participation politique. Selon lui, la mission initiale des FDS — soutenues par Washington comme principal partenaire local contre l’État islamique — « appartient désormais au passé », les États-Unis n’ayant « aucun intérêt stratégique à long terme » à maintenir leur présence militaire en Syrie.

Lors d’une conférence de presse à Washington, le président Donald Trump a semblé appuyer le président syrien de transition Ahmed al-Charaa, saluant ses efforts et confirmant des échanges directs sur la question sensible des centres de détention de combattants jihadistes dans le nord-est syrien. « Nous nous efforçons aussi de protéger les Kurdes », a toutefois assuré le chef de l’exécutif américain.

Un cessez-le-feu sous condition

Les FDS ont confirmé avoir accepté un cessez-le-feu et se sont engagées à ne mener aucune opération militaire sauf en cas d’attaque. De son côté, le gouvernement syrien a précisé qu’un accord prévoyait l’élaboration, par les FDS, d’un plan d’intégration pour la province de Hassaké. À défaut, les forces de l’État se réservent le droit d’entrer dans deux villes actuellement sous contrôle kurde.

Le cessez-le-feu, d’une durée de quatre jours à compter de mardi soir, s’accompagne d’une demande formelle adressée aux FDS : proposer un candidat au poste d’adjoint du ministre syrien de la Défense, symbole de leur intégration institutionnelle.

Région enclavée entre la Turquie et l’Irak, le nord-est syrien abrite des populations kurdes et arabes. Longtemps bastion de l’État islamique, il avait été reconquis par les FDS avec l’appui aérien d’une coalition internationale dirigée par les États-Unis. Mais l’ascension de leur principale composante, les YPG, reste une ligne rouge pour Ankara, qui les assimile au PKK, organisation kurde considérée comme terroriste par la Turquie.

L’ombre des prisons jihadistes

La région demeure particulièrement sensible en raison des centres de détention gérés par les FDS, où sont incarcérés des milliers de combattants de l’État islamique et des civils liés au groupe. Lundi, environ 200 jihadistes se sont évadés de la prison de Chaddadi lors du retrait des forces kurdes, avant que nombre d’entre eux ne soient repris par les forces gouvernementales, selon un responsable américain. Le ministère syrien de l’Intérieur a évoqué 120 évadés, dont 81 interpellés.

Les FDS ont également annoncé leur retrait du camp d’al-Hol, près de la frontière irakienne, qui héberge des milliers de proches présumés de l’organisation jihadiste. Damas affirme être prêt à y déployer ses forces et assure avoir informé Washington de cette transition sécuritaire.

Une impasse politique prolongée

Les tensions entre Damas et les FDS se sont accrues ces dernières semaines, sur fond de désaccord persistant quant au devenir des combattants kurdes et de leurs territoires. Les FDS refusent toujours une dissolution complète au sein du ministère syrien de la Défense. Dimanche, elles ont toutefois accepté de se retirer des provinces à majorité arabe de Raqqa et de Deir ez-Zor, avant l’entrée des forces gouvernementales dans la province de Hassaké.

Selon plusieurs sources, une réunion entre le chef des FDS, Mazloum Abdi, et Ahmed al-Charaa aurait été particulièrement tendue, malgré la signature d’un accord en quatorze points. Les États-Unis, désormais proches du pouvoir syrien de transition, continuent de jouer un rôle de médiation, tout en actant un repositionnement stratégique clair.

« J’apprécie les Kurdes, mais ils ont bénéficié de ressources considérables et agissaient avant tout dans leur propre intérêt », a résumé Donald Trump. Une déclaration qui scelle, de facto, la fin d’un cycle et place les forces kurdes face à un choix historique : l’intégration ou l’affrontement.

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