Ressources minières : la Syrie signe deux contrats majeurs dans le phosphate avec des partenaires du Golfe

Les gisements de phosphate sont principalement concentrés à l’est du gouvernorat de Homs

Le ministère syrien de l’Énergie a signé deux accords stratégiques avec des entreprises saoudiennes et bahreïnies afin de relancer les investissements dans le secteur du phosphate et d’accroître les capacités d’exportation du pays. Ces contrats ont été conclus par l’intermédiaire de l’Établissement général de géologie et des ressources minérales, selon un communiqué publié lundi 19 janvier.

Les accords ont été signés avec la société saoudienne Eastern Trading and Contracting Establishment (ETE) et le groupe bahreïni Al-Hasan Holding, dans le cadre du plan gouvernemental visant à renforcer le phosphate en tant que ressource stratégique pour l’économie nationale.

Le premier accord, conclu avec ETE, porte sur l’investissement et l’exploitation d’un volume d’un million de tonnes de phosphate, couvrant l’ensemble de la chaîne, de l’exploration à l’exportation. Fondée en 1971 dans la province orientale d’Arabie saoudite, ETE figure parmi les acteurs historiques du secteur du BTP dans le royaume et s’est progressivement imposée comme un groupe intégré opérant dans la construction, l’industrie et la logistique, fort de plus de cinquante années d’expérience.

Le second accord, signé avec Al-Hasan Holding, prévoit la vente d’un million de tonnes de phosphate par voie terrestre et de 1,5 million de tonnes par voie maritime. Créé en 1967 par Abbas Mohamed Al-Hasan, le groupe bahreïni opère selon un modèle de société mère supervisant un portefeuille diversifié de filiales actives dans l’industrie, l’énergie, la construction, la logistique, ainsi que dans des secteurs connexes tels que le tourisme et les services industriels.

S’exprimant à cette occasion, Siraj Al-Hariri, directeur général de l’Établissement général de géologie et des ressources minérales, a estimé que la signature de ces contrats d’exportation s’inscrivait dans ce qu’il a qualifié de « parcours victorieux » du secteur minier syrien. Il a précisé que l’établissement assurera la gestion intégrée de l’ensemble du processus, depuis les sites miniers jusqu’à l’exportation, incluant l’exploration, la production, la commercialisation et le développement.

Signature de deux accords par le ministère de l’Énergie pour soutenir l’investissement dans le phosphate en Syrie, 19 janvier 2026. (Ministère de l’Énergie, Facebook)

Concernant l’accord avec Al-Hasan, M. Al-Hariri a indiqué que les exportations emprunteront à la fois les voies maritime et terrestre. Il a souligné que cette initiative prolonge les mesures engagées par le ministère de l’Énergie pour accroître la production et les exportations vers les marchés internationaux, avec l’objectif affirmé de repositionner la Syrie comme un acteur régional et international de premier plan dans le secteur du phosphate.

Selon lui, la phase actuelle constitue une première étape centrée sur l’exportation de phosphate brut et l’augmentation des capacités de production. Les étapes ultérieures devraient porter sur le développement des industries de transformation en aval et sur la mise en place de partenariats locaux et internationaux destinés à accroître la valeur ajoutée des ressources syriennes.

Les contrats signés se distinguent également par l’implication d’entreprises locales dans leur mise en œuvre. Cette approche, a souligné M. Al-Hariri, devrait favoriser la création d’emplois et renforcer les retombées économiques locales, ETE ayant notamment prévu de s’appuyer sur des sociétés syriennes pour les travaux d’exploration et de développement, tout en recourant à une expertise étrangère spécialisée.

Une ressource stratégique sous contraintes

Le phosphate demeure l’une des principales richesses minérales de la Syrie et une matière première d’importance stratégique. Au-delà de son rôle à l’exportation, il constitue un pilier pour de nombreux secteurs industriels et de services, notamment la construction, le transport et la production d’engrais.

Les gisements syriens sont principalement concentrés dans les régions d’al-Charqiyé et de Khaneifis, à l’est du gouvernorat de Homs dans la région de Tadmor (Palmyre), avec une capacité de production annuelle estimée à plus de 3,25 millions de tonnes. Toutefois, le secteur demeure confronté à d’importants défis, notamment la dégradation des infrastructures de transport, la hausse des coûts logistiques, la pénurie de personnel qualifié et le vieillissement des équipements.

À ces contraintes techniques s’ajoutent les effets des sanctions économiques occidentales, qui affectent les débouchés commerciaux, les opérations bancaires et la compétitivité du phosphate syrien sur les marchés mondiaux, face à des producteurs disposant d’infrastructures portuaires modernes et non soumis à des restrictions similaires.

Vers une montée en gamme de la production

Dans ce contexte, le ministère de l’Énergie s’attache à développer des unités de concentration du phosphate afin d’améliorer la qualité du produit et d’augmenter sa valeur marchande. Selon un communiqué publié le 9 janvier, ces installations visent à transformer le phosphate brut en un produit concentré répondant aux normes internationales et aux besoins de l’industrie locale, notamment celle des engrais phosphatés.

Le procédé de concentration permet d’éliminer les impuretés, d’accroître la teneur en phosphate et de réduire le taux d’humidité à moins de 1 %, facilitant ainsi le stockage et l’exportation. Outre l’amélioration de la qualité, la modernisation des usines de lavage contribue à la création d’emplois, au soutien des économies locales et à une meilleure gestion des ressources, notamment par le recyclage partiel de l’eau et la réduction des déchets industriels.

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