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Comment Idlib est-elle tombée aux mains d’Al-Qaïda ?

Au matin du 24 mars, la ville d’Idlib avait rendez-vous avec la plus violente attaque depuis le déclenchement des événements en Syrie, dans le cadre de la bataille de « la libération d’Idlib », comme l’ont appelée les combattants de l’organisation d’Al-Qaïda au Levant – Jabhat Al-Nosra, ainsi que ses alliés. Seize factions armées se sont rassemblées sous la bannière de « l’armée de la Conquête » (Jaych Al-Fath), emmenée par Al-Qaïda.

L’attaque a été précédée par un bombardement de roquettes qui a duré plusieurs jours, tuant et blessant des dizaines de civils, et déclenchant un incendie dans une usine de couture dans laquelle certains rebelles sont parvenus à s’infiltrer.

Les premières heures de la bataille ont vu une attaque se dérouler à l’ouest de la ville, au barrage d’Al-Konserwah, et qui a fait l’objet de plus de 300 roquettes et missiles. La bataille a duré des heures aux alentours du barrage, contraignant son chef à prendre la décision d’un retrait en direction du rond-point Kaziet Al-Fellahin, afin d’éviter davantage de victimes dans ses rangs.

Quelques temps après le retrait du barrage d’Al-Konserwah, le son d’une explosion a retenti dans la ville, provenant d’une voiture piégée qui a visé le barrage de Aïn Cheib, sur la Corniche, coutant la vie à 3 soldats et en blessant plusieurs autres. L’explosion a été suivie par de violents affrontements, lors desquels les soldats du barrage se sont vus contraints là-aussi de reculer en direction des immeubles faisant face à la Corniche, et qui sont proches de la rue Tlatin, alors que des kamikazes se faisaient exploser dans le même temps sur le lieu des affrontements, au nord-est de la ville, sans causer de pertes humaines dans les rangs des membres de la protection civile.

Les rebelles ont réalisé, au premier jour de l’attaque, une progression aux alentours de la ville, sans pouvoir toutefois s’y infiltrer, tout en continuant à attaquer à l’aide de roquettes, de missiles et de cartouches explosives, jusqu’à que le combats baissent en intensité avec l’arrivée de la nuit, avant de reprendre aux premières heures du jour.

Le deuxième jour fut plus violent encore, après que les rebelles ont attaqué toutes les positions militaires en un seul moment. L’on estime le nombre de rebelles participant à la bataille à environ 10 000 personnes – selon les observateurs-, en provenance de toutes les factions, aidées de dizaines d’engins lourds.

Après l’explosion du barrage d’Aïn Cheib, et l’infiltration de groupes armés, les cellules dormantes à l’intérieur de la ville sont passées à l’action. Des petits groupes d’hommes armés qui étaient cachés dans la ville se sont déployés, propageant la peur parmi les habitants qui ont contribué à répandre l’information de la prise de contrôle de la rue Tlatin par les rebelles, qui n’était en fait pas encore tombée, si ce n’est médiatiquement. Quant à sa réelle prise, elle est intervenue par la suite, quand les habitants des bâtiments environnants ont été pris comme boucliers humains par les cellules dormantes, qui ont contraint les soldats de l’armée à se retirer de la zone, pour éviter des pertes civiles.

Avec une baisse des combats sur les fronts est et ouest et le retrait de l’armée de plusieurs check-points, dont celui de Chahin, les hommes armés ont lancé une attaque sur le front oriental de la ville, sur les axes de Bannech et Sermin, mais aussi au barrage de Bab Al-Hawa, qui a permis de couper la route Idlib-Al-Fouaah, après le retrait des soldats du dernier barrage, sous la puissance de feu des rebelles. Cette dernière attaque comprenait des affrontements violents aux barrages d’Al-Kahraba et Al-Inchaat avec une série d’explosions effectuées par des kamikazes, contraignant à un retrait de l’est de la ville en direction du rond-point d’Al-Mihrab, où un certain nombre d’assaillants ont pu s’infiltrer depuis le quartier du Cheikh Telt et la zone industrielle. C’est là qu’ont eu lieu les combats les plus violents, avec des avancées et des retraits. L’armée de l’air y a joué au début un grand rôle pour alléger le poids des attaques sur les positions militaires, en menant une série de raids aériens quotidiens. Mais le travail des cellules dormantes et les attaques lancées par elles à l’intérieur de la ville, ainsi que les rumeurs qui se sont propagées entre les habitants sur une prise de contrôle par les assaillants de la plupart des quartiers de la ville, ont semé la panique parmi les civils, qui ont entamé un déplacement vers le carré sécurisé, faisant perdre des positions aux éléments de la protection civile et les contraignant à se retirer vers des positions à l’intérieur de la ville.

L’important déplacement de populations a joué un grand rôle dans la bataille, mettant à bas le moral des combattants sur les fronts nord et sud et les empêchant de s’engager dans des combats de rues, tandis que les rebelles ont profité de ces déplacements pour s’infiltrer davantage dans les maisons.

L’événement le plus notable fut, au troisième jour, la prise de contrôle par les assaillants du bâtiment de la poste dans le quartier Al-Thawra, qui ont coupé plusieurs antennes-relais, mettant à mal les appareils de communication qui relient les troupes entre elles, déjà fortement brouillés par des sources venant de Turquie, qui a grandement contribué au succès de l’assaut et qui est parvenu à paralyser les communications entre les check-points et les chambres d’opérations, par l’intermédiaire d’un véhicule de brouillage placé dans les fermes de Brouma proches d’Idlib.

Au même moment, tout le monde attendait des renforts de la protection civile, qui continuait à affronter les rebelles depuis quatre jours consécutifs. Jusqu’au vendredi soir, seul un petit groupe d’une centaine de combattants est venu prêter main forte, en direction du quartier du Cheikh Telt, contraignant les rebelles à se retirer vers la dernière position de la zone industrielle.

Avec l’intensification du phénomène de déplacement et avec l’infiltration des hommes armés vers les quartier d’Al-Thawra, Al-Naoura, Al-Chamaliyyeh, et Al-Dhbeit, qui ont connu des opérations de liquidation en règle à l’encontre de nombreux civils, accablés de diverses accusations, comme le soutien à l’Etat syrien ou la prise d’armes à ses côtés, la plupart des forces se sont vues contraintes de se retirer vers le carré sécurisé, suite à une baisse de moral et l’absence de véritable commandement sur le terrain dans certaines positions militaires qui ont connu de violents combats. Certains commandants ont cependant refusé de se retirer, malgré la difficulté de la situation, avant la sortie des civils du carré sécurisé, en direction de la route Idlib-Al-Mastoumeh. Mais les rebelles sont parvenus à viser la seule voie sécurisée.

Quand la décision fut prise de sécuriser la sortie des civils, les assaillants ont dépêché des snipers, qui s’en sont pris à la plupart des véhicules civils qui quittaient la ville par la route Idlib-Al-Mastoumeh, attaquant également des colonnes de civils qui se pressaient vers ladite route, coutant la vie  à une dizaine d’entre eux.
Le samedi au matin, la ville d’Idlib avait rendez-vous avec la décision militaire de se retirer de la cité, pour se repositionner aux alentours, afin d’alléger les pertes humaines et dans l’attente des renforts pour attaquer de nouveau. Les soldats ont sécurisé toutes les positions militaires déployées le long de la route Idlib-Al-Mastoumeh, fournissant une couverture de feu aux civils qui l’empruntent. Sauf que les rebelles visent ceux qui s’échappent par des tirs de snipers mais aussi de mitrailleuses lourdes Dochka, les accusant de loyauté à l’Etat.

En quatre jours de combats, plus de 60 personnes ont péri dans les rangs des forces de la protection civile, en plus des dizaines de blessés qui ont été transportés vers les hôpitaux de Jisr Al-Choughour et Lattakié, avant que les rebelles s’emparent de l’hôpital national d’Idlib.

Lorsque la ville fut vidée des forces armées, les foules d’hommes armés sont entrées dans le carré sécurisé et se sont déployés dans l’ensemble des quartiers, pour entamer une opération de liquidation en règle et mettre la main sur les personnes « recherchées ». Al-Akhbar a pu savoir que plus de 100 civils, hommes et femmes, ont été éliminés et des centaines arrêtés et transférés vers la prison centrale non loin de la place des Sept fontaines, dans le centre-ville.

Certaines personnes ayant parvenu à fuir de l’enfer de la guerre à Idlib ont affirmé avoir vu des exactions commises par les assaillants, qui ont traîné un grand nombre d’hommes dans les rues des quartiers d’Al-Chamali et d’Al-Dhbeit, les liquidant par décapitation ou par balle. Certaines rebelles ont tués leurs proches, en guise de vengeance, pour s’être rangés aux côtés de l’Etat syrien. Un d’entre eux a même égorgé sa propre sœur, qui s’était mariée avec un militaire.

Quant à la directrice de l’école Al-Bouhtouri, Roula Al-Zir, elle a été exécutée devant ses enfants, après avoir refusé de quitter la ville, punie pour avoir publié sur Facebook une photo la représentant entourée du Président Bachar Al-Assad et de son épouse.

D’autres hommes armés ont tué une personne âgée et son fils, de la famille Al-Khal, accusés de tenir un commerce d’alcool. Certaines familles sont  toujours retenues à l’intérieur de la ville d’Idlib, dont le Père Ibrahim Farah, paroissien de l’église orthodoxe, arrêté par Jabhat Al-Nosra, qui l’a soumis à des coups de fouet, avant de l’exposer devant la caméra et où on le voit affirmer qu’il va bien.

Les histoires se succèdent sur les terribles massacres commis à l’encontre de ceux qui n’ont pu fuir la ville, alors que l’armée syrienne rassemble ses troupes, à Ariha et Jisr Al-Choughour, où des renforts sont arrivés de Hama, Homs, Damas et Lattakié.

Cet article a été traduit et édité par Syria Intelligence (Al-Akhbar, par Anas al-Homsi, le 8 Avril 2015)

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