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Mobilisation pour rouvrir la bataille d’Idlib

La décision, non-déclarée, de la présidence syrienne, de ne pas accepter de grandes forces iraniennes sur son sol, appartient désormais au passé. Jusqu’aux batailles de Jisr Al-Choughour, Idlib et Ariha, et leur chute successive, la présence militaire iranienne en Syrie se limitait à un certain nombre de cadres, officiers et experts de la Garde révolutionnaire et des Brigades « Fatimiyoun » (Fatimides), et cette présence renfermait principalement des volontaires afghans résidents en Iran.
Il est clair que les changements sur le terrain dans le Nord syrien et les défaites essuyées par l’armée syrienne à Jisr Al-Choughour, Idlib et Ariha, et son évacuation sans combats de bases militaires fortifiées, comme Al-Mastoumeh, qui comprend 3000 combattants, ont été l’une des raisons qui ont poussé les Syriens à revoir à tous les niveaux, leur position sur un renforcement de la coopération militaire irano-syrienne.
Ces derniers jours, et par une décision syro-irano-irakienne commune, plus de 20 000 combattants iraniens, irakiens et libanais ont afflué vers la région d’Idlib, sur le front de Jourin et sur les dernières lignes de l’armée syrienne, situées à quelques kilomètres de Jisr Al-Choughour, ainsi qu’à Al-Frikeh, Basnaqoul, et Mouhambal, en direction d’Ariha.
De même que le chef de la Brigade Al-Qods de la Garde révolutionnaire, le général Qassem Souleimani, est arrivé dans la région, en compagnie d’unités ayant participé aux combats en Irak et à la reprise de Salaheddin. La préparation à la contre-offensive syrienne comprend des révisions et des transbordements nécessaires pour éviter les erreurs qui ont débouché sur le revers militaire dans le Nord syrien. Le chef du comité sécuritaire de la région, le général Wahib Haydar, a été évincé, pour laisser la place à un nouveau commandant.
Le manque dans la coordination entre les unités de l’armée, de la défense nationale, des Souqour As-Sahra (les Faucons du désert) et les unités du Hezbollah qui ont pris part aux combats dans la région de Jabal Al-Arbaarin – et qui dénombre 4 martyrs – a été une des raisons de l’effondrement des fronts de l’armée syrienne sur plus d’une position, dont certains ont été évacués sans combats, par souci de préserver la vie des soldats et éviter des pertes.
La plus importante erreur a été la tentative de récupération du « Palais chinois » dans la région de Jabal Al-Arbaain, où un groupe de renforts s’est retiré du front Est sans même en informer les autres groupes, qui progressaient exposés devant l’ennemi. De même que 30 martyrs des forces de renforts sont tombés dans un piège tendu aux abords d’Awram Al-Joz, car non informées par l’armée de son retrait.

Des observateurs au sol affirment que lors de l’opération de Jisr Al-Choughour, la coordination entre les unités d’élite et l’armée syrienne, Souqour As-Sahra et la Garde révolutionnaire a souffert de nombreuses difficultés, ayant conduit à des décisions inadaptées et à un redéploiement hâtif vers les lignes arrières, ainsi qu’à un retrait nécessaire pour sauver ce qui peut l’être en soldats et en équipements.

Il n’est guère un secret que les options disponibles qui s’offrent à la direction syrienne se font de plus en plus limitées avec la poursuite de la guerre, où l’armée syrienne combat, selon un décompte depuis deux ans, sur plus de 476 fronts. Le choix de faire appel à la réserve – auquel a eu recours l’armée syrienne pour la dernière fois lors de la guerre d’Octobre- est toujours reporté, pour des raisons politiques mais aussi pour le moral général. Les membres de la 102è session d’enrôlement combattent en effet depuis leur appel à la conscription, depuis quatre ans. Cette session est considérée comme la plus grande session d’enrôlement obligatoire dans l’histoire de l’armée syrienne, et constitue le noyau essentiel, après les pertes essuyées lors des batailles. En effet, plus de 150 000 appelés sont venus après un décret républicain exemptant les retardataires du services miliaire de toute sanction.

L’armée syrienne se trouve dans la possibilité d’appeler à la mobilisation générale et appeler ainsi plus de 200 000 réservistes pour renouveler ses structures, et envoyer ses meilleurs soldats sur le champs de bataille. L’hésitation à annoncer la mobilisation générale n’indique cependant pas que l’armée n’est plus capable de renouveler ses membres, mais laisse plutôt transparaître la nécessité d’éviter une baisse de moral lors d’une contre-offensive.
Le plus vraisemblable est que le choix de recourir à une mobilisation irano-irakienne accélère le processus d’unification des fronts irakiens et syriens, qui a beaucoup tardé, au moment où Daech, la Turquie et l’Arabie saoudite s’emploient à unifier les fronts entre l’Irak et la Syrie, d’Al-Anbar jusqu’aux abords de la Bekaa libanaise, en passant par Deir Ezzor, Raqqa, la campagne de Homs, Palmyre, et enfin l’Est du Qalamoun, sans que la réponse irako-syrienne ne soit à la hauteur du niveau demandé, comme l’a affirmé le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Al-Mouallem il y a une semaine.
Le nouveau plan, s’il ne s’empêtre pas, devra réordonner les piliers des opérations syriennes, pour associer les nouvelles forces aux combats à un plus large niveau, et selon de nouvelles techniques qui ont prouvé leur efficacité en Irak.L’Arabie saoudite travaille à l’élargissement du front Sud jordanien, qui semble confus et reporté, en raison de l’approche de Daech via la campagne de Palmyre, en passant par Souweida, Al-Lajat puis l’Est de Deraa. Les services de renseignements jordaniens semblent eux être dans l’attente avant l’ouverture du front Sud, menacée par l’approche de Daech et sa percée dans la région par l’intermédiaire des Brigades « Liwa’ Chouhada Al-Yarmouk », qui constituent une passerelle supplémentaire pour Abou Bakr Al-Baghdadi vers la Jordanie, alors que Jabhat Al-Nosra trébuche dans ses tentatives d’endiguement de Daech dans les plaines du Hauran et dans la campagne d’Al-Qouneitra, ce qui pousse les Jordaniens à donner du temps aux Saoudiens avant l’ouverture de la bataille contre la Brigade 52 à Ezraa.

La mobilisation dans le Nord syrien semble sans précédent quant à la présence iranienne et irakienne en Syrie depuis le début de la guerre il y a quatre ans. Il est possible d’affirmer qu’un amassement de ce niveau revient à casser les ententes irano-turques non-déclarées et qui prescrivent d’éviter les affrontements directs et à découvert entre les deux pays en Syrie et d’exporter la bataille entre eux sur le sol syrien, après que les Turcs ont transformé le Nord syrien en champ de bataille ouvert à toutes les forces régionales hostiles à Téhéran et à Damas, particulièrement après la formation de Jaych Al-Fath, sous commandement turc et financement saoudien et la visite effectuée dernièrement par le Prince héritier saoudien Mohammad ben Nayef à Ankara le 6 avril dernier, mettant fin à la rupture et aux différends avec Ankara autour de la question des Frères musulmans.La réconciliation a été consacrée par le financement de l’Arabie saoudite et du Qatar de l’Armée de la Conquête et l’inclusion d’unités fréristes, comme Faylaq Al-Cham, Ajnad Al-Cham, Jaych Al-Sunna, Liwa Al-Haqq au sein de Jaych Al-Fath, aux côtés de groupes qaïdistes dirigés par les services de renseignements turcs, comme Jounoud Al-Cham, les Tchéchènes, le Hizb Al-Islami du Turkistan (région à l’extrême Nord-ouest de la Chine et à dominante turque), les Ouïghours, Jound Al-Aqsa, Ahrar Al-Cham, ou Jabhat Al-Nosra, qui fait face à des choix difficiles au sein de cette coalition, la contraignant à reporter l’annonce de son « émirat » idlibite et à partager son influence dans le nouveau foyer turc en laissant une prééminence à Jaych Al-Fath et en laissant les Turcs parier sur un élargissement du spectre de la guerre en direction d’Alep.

Des sources arabes affirment que les Iraniens, qui ont hésité, après la chute d’Idlib, à préparer une contre-offensive et qui ont mal estimé les plans turcs dans le Nord de la Syrie, considèrent désormais le front syrien comme une priorité dans la confrontation ouverte depuis l’Irak, en passant par le Qalamoun libanais et le Yémen. Il semble que les attaques en chaîne lancées par Daech et Jaych Al-Fath dans le nord d’Idlib et d’Alep, et au centre via Palmyre, et la mobilisation vers le Sud-Est de Souweida, indiquent une certaine baisse de confiance des Iraniens envers la coalition contre Daech pour soustraire la Syrie de ses plans. Non pas parce que la conférence de la coalition contre l’organisation takfiriste, qui se tient aujourd’hui à Paris, est limitée à l’examen des fronts irakiens, mais parce que les Américains et la coalitions ont joué un grand rôle dans la chute de Palmyre. Car sans l’entrée de Daech à Ramadi et son contrôle d’Al-Anbar, la « conquête de Palmyre » n’aurait pas pris la voie qu’elle a prise contre l’armée syrienne en plein cœur de cette région centrale, et qui menace maintenant le gouvernorat de Souweida depuis sa campagne orientale ainsi que la région centrale et Homs, de même qu’elle menace de percer un dernier couloir, depuis la campagne de Homs, Al-Qeriatein, Mouhin et Sadad, du Qalamoun oriental vers le nord de la Bekaa libanaise.

Jaych Al-Islam combat dans l’Est du Qalamoun les avant-gardes de Daech pour préserver son influence dans la Ghouta et par ambition de rester la principale force qui arrivera à Damas, si jamais le régime venait à s’effondrer.

La coalition avait laissé Daech évacuer 7000 combattants syriens armés par l’intermédiaire de Raqqa et Deir Ezzor pour prendre le contrôle de Ramadi sans résistance, ce qui a précipité son retour, via des voies d’approvisionnement d’une longueur de 600 km, sans que ses colonnes ne soient exposées à quelconque bombardement ou opposition, ou même de transmission de renseignements sur ses déplacements par le canal irakien. Sans la chute de Ramadi, « l’Etat islamique » n’aurait pas transféré rapidement ses troupes vers Al-Sakhna et Palmyre ne serait pas tombé.

Il est également clair que l’objectif américain ne vise guère plus qu’à l’endiguement de Daech pour le regrouper vers la Syrie, ce qui explique l’initiative de « l’Etat islamique » d’ouvrir le front Nord d’Alep, tirant profit du retrait des groupes armés opéré par les Turcs, vers Idlib, qui est devenue la plus grande concentration d’armes et d’hommes en Syrie.

Il semble que les Turcs ne soient pas les seuls, avec Jaych Al-Fath, à viser une entrée à Alep. Couper les routes d’approvisionnement en s’emparant de Souran et Marea et en se dirigeant vers Azaz et le poste-frontière de Bab Al-Salameh, qui constitue le point de passage du matériel et de l’approvisionnement à destination des groupes armés, est un message fort selon lequel Daech ne permettra pas aux Turcs de s’approprier seuls l’établissement de « l’émirat idlibito-aleppin » pour ses moudjahidin, ou quelconque région sûre, où Daech n’aurait pas le premier mot, d’Al-Anbar, en passant à Mossoul jusqu’à Alep.

Cet article a été traduit et édité par Syria Intelligence (As-Safir, par Mohammad Ballout, le 2 Juin 2015)

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