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Pourquoi les Kurdes syriens sont enclins à négocier avec Damas

Alors que les forces gouvernementales reprennent le contrôle d’un nombre important de zones aux mains de l’opposition et que les États-Unis prétendent vouloir retirer leurs troupes, les Kurdes syriens semblent enclins à entamer des pourparlers avec Damas.

Alors que les forces gouvernementales syriennes continuent de progresser dans le sud du pays et d’étendre les zones sous leur contrôle, des soldats ont été déployés le long de la frontière avec la Jordanie, près de la province de Daraa et des hauteurs du Golan à Qouneitra. Entre-temps, des éléments indiquent qu’il y a un rapprochement entre Damas et les composantes politiques et militaires de l’opposition dans le nord et l’est de la Syrie (à l’est de l’Euphrate), où les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les Etats-Unis, sont aux commandes.

Lors de sa troisième conférence dans la ville de Tabqa, dans la province nord de Raqqa, le 16 juillet, le Conseil démocratique syrien a annoncé la mise en place d’une structure intitulée « Administrations autonomes démocratiques ». La structure représentera les administrations autonomes des zones contrôlées par les FDS lors d’éventuels pourparlers futurs avec le gouvernement syrien.

Le Conseil démocratique syrien est une alliance de partis politiques fondé les 8 et 9 décembre 2015. C’est l’aile politique des FDS soutenus par les Etats-Unis, qui luttent toujours contre les groupes restants affiliés à l’Etat islamique (EI) dans l’est de la Syrie.

Il semblerait que des mesures pratiques soient prises pour ouvrir des canaux de communication entre certaines administrations autonomes et le gouvernement syrien. Le 13 juillet, Ilham Ahmed, coprésidente du Conseil démocratique syrien, a déclaré à l’agence de presse locale Hawar qu’il y avait des pourparlers entre le conseil local de Tabqa contrôlé par les FDS et le gouvernement pour améliorer les services et rétablir les pouvoirs du gouvernement sur le barrage de Tabqa.

« Il y a des pourparlers au niveau local. Les fonctionnaires des institutions gouvernementales et d’autres membres du conseil local de Tabqa négocient la possibilité que d’anciens employés et experts du barrage retournent travailler pour la gestion du barrage dans l’administration civile de Tabqa », a dit Ahmed.

Depuis le déclenchement des manifestations en Syrie au début de 2011, les Kurdes, représentés par les unités de protection du peuple kurde, et d’autres composantes arabes dans le nord et l’est de la Syrie ont renforcé leur présence en formant la force militaire connue sous le nom de FDS.

Alliées aux Etats-Unis dans sa lutte contre l’état islamique, les FDS ont pu expulser le groupe de certains territoires et s’approprier environ 35 000 kilomètres carrés sur une superficie totale de 185 000 kilomètres carrés en Syrie. Les zones contrôlées par les FDS ne relèvent pas de l’autorité du président syrien Bachar al-Assad. Ce dernier a menacé le 31 mai de les récupérer en disant : « Les FDS sont le seul problème persistant en Syrie ».

La crainte des FDS de voir les zones sous leur contrôle devenir la prochaine cible des forces gouvernementales syriennes soutenues par la Russie semble être la principale raison qui les pousse à trouver un terrain d’entente.

Sihanouk Dibo, conseiller politique du Parti de l’Union démocratique (PYD), une composante clé du Conseil démocratique syrien, a déclaré au téléphone à Al-Monitor : « Cela pourrait être vrai, d’autant plus que ni les Etats-Unis ni la Russie n’empêcheront de telles négociations. Trouver une solution à la crise syrienne est une exigence de l’ONU ».

Le Conseil démocratique syrien est de plus en plus ouvert à des négociations et a formé une instance composée des administrations démocratiques autonomes et des conseils civils de Raqqa, Deir ez-Zor et Manbij – qui sont entièrement sous son contrôle – en plus des représentants des FDS. Pendant ce temps, alors que les opérations militaires contre l’Etat islamique touchent à leur fin, la position des Etats-Unis – l’un des principaux soutiens des FDS – devient de plus en plus ambiguë quant à sa présence militaire dans la région, puisqu’ils ont déclaré leur intention de retirer leurs troupes sans pour autant fixer de date.

La position américaine pourrait affaiblir la position des FDS face à des groupes qui leur sont hostiles ainsi qu’au régime et qui rejettent leur présence dans leurs régions, comme les tribus arabes, qui ne font pas partie des FDS. Cela dit, les pourparlers avec le parti le plus fort, à savoir le régime, semblent être l’option la plus logique.

Néanmoins, Dibo a indiqué que « la raison derrière l’intention de négocier avec le régime syrien est le désir des Syriens, tant au nord qu’à l’est, de trouver une solution à cette crise. En outre, le régime n’a pas le loisir de prendre ses propres décisions, puisque la Russie est l’un de ses principaux alliés. D’autre part, il y a une coalition internationale et arabe dirigée par les Etats-Unis à l’est de l’Euphrate – ce qui signifie que le peuple syrien en général n’a guère voix au chapitre dans le processus de prise de décision. Le fait d’engager des négociations avec le régime ne signifie pas que nous nous sommes rendus ». Il a souligné qu’aucune communication officielle n’a été initiée jusqu’à présent entre les administrations autonomes et les autorités de Damas.

Le projet des administrations démocratiques autonomes en vue de préparer les négociations avec Damas est un système nouveau et amélioré qui diffère complètement du système fédéral, connu sous le nom d’Union démocratique du Rojava dans le nord de la Syrie. Cette dernière, déclarée le 17 mars 2016, n’a pas encore vu le jour.

Dibo estime que cela « va parfaitement avec la situation actuelle. Les administrations autonomes et les conseils locaux et civils du nord et de l’est de la Syrie sont les plus appropriés, d’autant plus que la solution de la crise syrienne nécessite un système démocratique pour réussir après l’échec du système du gouvernement central ».

Le 17 octobre 2017, le régime syrien et les représentants des parties kurdes se sont rencontrés pour des pourparlers sur la base Hmeimim sous contrôle russe sur la côte syrienne. « Le régime n’était pas sérieux », a dit Dibo. Pourtant, il a souligné « le désir de tenir des négociations supervisées par l’ONU comme la meilleure façon d’assurer le bon déroulement du processus. Nous pensons toujours que les négociations entre le conseil démocratique syrien et le régime sont un processus long et difficile ».

Entre-temps, en marge de la conférence du Conseil démocratique syrien, l’ancien coprésident du PYD, Salih Muslim, a souligné le 16 juillet « une volonté de négocier avec le gouvernement syrien, à condition qu’il y ait un garant international pour mettre en œuvre les conclusions de l’accord entre les parties ».

Cet article a été traduit et édité par Syria Intelligence (al-Monitor, par Mohamed Bassiki, le 26 juillet 2018)

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