Les Italiens à Damas : début d’une normalisation européenne ?

Les Italiens sont à Damas. Une visite sécuritaire italienne en échange d’une visite sécuritaire syrienne pour un débat politique, en prélude d’un retour des canaux diplomatiques.

Après Mohammad Dib Zeitoun une nouvelle fois à Rome la semaine dernière, c’est son hôte italien, un des grands responsables sécuritaires d’Italie le général Alberto Manenti, et le chef des services de renseignements extérieur qui ont effectué une visite à Damas le week-end dernier, pour parachever les dossiers posés une semaine avant. Le général Mohammad Dib Zeitoun, chef des services de renseignements généraux, et son adjoint le général Ghassan Khalil, se sont alors mus dans un round ouvert, dépassant les dimensions sécuritaires supposées des personnalités qui y ont participé, pour revêtir une dimension politique, qui s’accorde avec la « condition » syrienne, basée sur une normalisation partielle ou totale des relations diplomatiques et une rupture avec le siège diplomatique européen imposé à la Syrie, avant d’entamer toute négociation ou coopération.

Dans la villa privée mise à disposition des deux hôtes syriens, après leur arrivée à Rome depuis Beyrouth à bord d’un avion privé pour parer à toute embûche juridique que pourrait poser la mention du nom du responsable syrien sur la liste des sanctions européenne et qui comprend 79 Syriens, le débat a tourné autour de dossiers sécuritaires et politiques, dans lesquels les Italiens ont proposé à la capitale syrienne un « deal » politico-sécuritaire complémentaire, bien plus avancé que ce que proposaient – et que continuent à proposer – les responsables des services de sécurité européens, au cours de leurs valses hésitations ces dernières années.

Ces deux dernières années en effet, Damas a rendu visite aux premiers maillons des services belges, allemands et espagnols, pour passer des accords sous la table, et qui prévoient une reprise de la coopération sécuritaire contre le terrorisme et l’obtention des listes des noms des djihadistes européens détenus pas les Syriens, ainsi que des efforts pour connaître davantage que ce que détiennent les services syriens, au sujet des groupes djihadistes européens, et qui officient dans le foyer syrien conquis à Raqqa et dans le Nord syrien.

Selon des sources bien informées, la partie italienne a proposé son aide dans le processus de règlement politique en cours, et d’arracher un rôle lors des six prochains mois. Les Italiens pensent qu’il faut profiter de l’entrée progressive de l’Administration américaine et des deux pôles européens que sont la France et l’Allemagne dans des échéances électorales, en étant informés des initiatives diplomatiques, afin de faire avancer le dossier syrien au sein de l’Union européenne, auquel la France en particulier, s’est longtemps opposée.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Al-Miqdad, avait profité le 20 avril dernier de l’invitation adressée par son homologue tchèque Martin Tlaba à Damas, pour effectuer une percée dans le mur des sanctions européennes et visiter Prague, puis, partant, Madrid, qui avait déjà donné son aval pour la visite. Mais des pressions françaises au sein de l’UE ont convaincu Madrid de fermer la porte à la face du diplomate syrien, arguant qu’elle enverrait un message erroné au Président Bachar Al-Assad, qui ferait croire qu’il peut demeurer à son poste.

Les responsables syriens ont entendu à Rome que les choses avaient changé, et qu’il n’y aurait pas de répétition de la précédente expérience, qu’une fenêtre est ouverte pour un rôle italien accru, en particulier en exerçant des pressions sur l’Union européenne pour qu’elle fasse preuve de davantage de souplesse avec Damas. Le militaire italien, né à Tarhounah en Libye au milieu du siècle précédent, et qui parle couramment arabe, a présenté les craintes des Italiens quant à une propagation des groupes djihadistes, et un retour de leurs membres de Syrie vers des zones au Sud de l’Italie, en vue de former de nouvelles cellules qui contamineraient ensuite la Péninsule italienne. De même qu’il a parlé de l’impasse que constitue l’absence de choix pratiques pour endiguer l’expansion de Daech sur la rive sud de la Méditerranée, en Libye, et les menaces que posent les transferts de membres de Daech à bord de bateaux de réfugiés en route pour l’Europe.

Le responsable sécuritaire syrien a réclamé des garanties qui respectent ce que Damas considérait comme préambule à toute coopération sécuritaire, par la réactivation des canaux diplomatiques. Selon des sources bien informées, Alberto Manenti aurait répondu à son interlocuteur syrien que l’Italie détenait la « carte Mogherini », la Haute représentante de la politique extérieure de l’UE, pour une initiative prochaine, afin de lever certaines sanctions économiques qui pèsent sur la Syrie.

Dans le cadre des garanties, le responsable italien a affirmé qu’un ministre italien effectuerait une visite à Damas prochainement pour poser les bases de la coordination politique. La première visite devra être secrète. Il a ajouté que l’Italie se coordonnait avec les Etats-Unis au sujet de cette initiative.

Cet article a été traduit et édité par Syria Intelligence (As-Safir, par Mohammad Ballout, le 6 Juillet 2016)

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