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Poutine réunirait-il Assad et Erdogan ?

Sommet à Moscou et règlement complexe via un gouvernement tripartite et une partition des ministères

Les canons de la guerre en Syrie pourraient bien se reposer. La région tout entière pourrait même connaître un sérieux tournant en direction d’un règlement politique avant la fin du mois de septembre.

Sous les regards du Président russe Vladimir Poutine, le Président syrien Bachar Al-Assad rencontrera le Président turc Recep Tayip Erdogan à Moscou. Les rendez-vous proposés pour la rencontre tripartite historique entre Erdogan et Assad sous le parrainage de Poutine, s’étendent sur une plage temporelle allant du 18 au 22 septembre. Les préparatifs ont commencé lors de l’entrevue de réconciliation à Saint-Pétersbourg entre les présidents Poutine et Erdogan le 9 août dernier. Dans le même temps, une haute délégation sécuritaire syrienne arrivait, comprenant le chef de la branche des services de renseignements militaires, un des grands officiers de ladite branche, un groupe d’officiers des renseignements aériens, le vice-directeur des renseignements généraux ainsi que le général Ali Mamlouk, chef du Conseil de Sécurité nationale.

La venue de la délégation à Moscou lors de l’entrevue entre Poutine et Erdogan indique que parmi les négociations russo-turques visant à mettre fin à la rupture, figure le traitement de tous les dossiers brûlants, dont le dossier syrien, avec pour objectif parvenir à des ententes de principes, soumises aux tests aujourd’hui, en particulier l’intervention turque dans le nord syrien.

Selon des sources diplomatiques russes et occidentales concordantes à Moscou et Genève, la date finale de la rencontre historique sera fixée par le général Ali Mamlouk, lors de sa visite dans la capitale russe mardi prochain, à la lumière des concertations qu’il effectuera avec des responsables russes et turcs. Des informations parlent d’un agenda de travail qui sera finalisé lors de la visite à Damas du chef des services de renseignements turcs Hakan Fidan, entre le 10 et le 15 septembre.

Le programme du sommet tripartite pourrait ne pas inclure de poignée de main entre les deux hommes. La guerre verbale a en effet laissé beaucoup de traces entre les deux, et Erdogan ne cesse de qualifier Assad de tyran, tout en s’engageant à entrer à Damas pour prier dans la mosquée des Omeyyades. Quant au Président syrien, après de longues réserves de plusieurs années, il surprit celui qu’il s’apprête justement à rencontrer à Moscou, lors de son dernier discours devant l’Assemblée du peuple le 7 juin dernier, en le qualifiant d’écervelé et de terroriste.

Mais les Russes, qui jouent la montre avant la sortie du Président Barack Obama de la Maison Blanche, avec la hantise d’une escalade avec la venue de l’Administration Clinton et le déclenchement d’une guerre des nerfs en Syrie, ont déployé de grands efforts pour préparer tous les dossiers litigieux. Ils ont fourni, lors des concertations préliminaires, une vue acceptable pour les Turcs et une échelle pour descendre du très haut arbre syrien, sur lequel ils sont montés il y a cinq ans, en se barricadant sous le slogan de la chute de Assad.

De même que les Russes ont fourni une issue acceptable pour les Saoudiens, en parrainant une solution qui exclue quelconque rôle principal aux Iraniens, du moins en surface. Moscou a pris en charge l’élaboration d’une vue d’ensemble dont des sources russes affirment qu’elles sont presque prêtes à être appliquées. Celle-ci s’appuie sur un règlement complexe, de la déclaration de Vienne et sa première feuille de route publiée le 14 novembre dernier, à l’apogée de la « crise du Sukhoï », en passant par les revendications formulées par la feuille de principe syrienne pour une solution politique telle que présentée par Bachar Al-Jaafari à la conférence de Genève III, ainsi que les idées ingénieuses qui construisent des ponts entre les différends des deux parties, jusqu’au scepticisme de l’Etat syrien et la continuité de ses institutions.

Le règlement tripartite de Moscou comprend un gouvernement d’unité nationale tripartite englobant des indépendants, des représentants de l’opposition syrienne modérée et des ministres loyaux au Président Bachar Al-Assad.

Lors des débats, les délégués syriens ont refusé des propositions turques sur une partition confessionnelle. Le consensus a eu lieu sur la conservation par le Président Assad de ses prérogatives sur les ministères régaliens, et sa supervision sur les ministères de la Justice, l’Intérieur, des Finances, de la Défense et des Affaires étrangères. Les ministères exécutifs seront eux partagés avec l’opposition et des indépendants. Sur le principe, trois vice-présidents seront nommés, sans leurs transmettre de prérogatives régaliennes. Deux d’entre eux proviendront des représentants indépendants et de l’opposition. Et à la fin d’une période qui s’étendra sur 18 mois, qui commencera au moment du consensus sur la mise à exécution du règlement, il est attendu que le gouvernement d’union nationale effectue des amendements constitutionnels fondamentaux, mais qui ne touchent pas aux prérogatives présidentielles, suivis par des élections législatives et présidentielles.

Les sources diplomatiques affirment que le Président Assad pourra se présenter aux élections présidentielles mais pour seulement un mandat, pour ensuite se retirer. Les Syriens ont obtenu des garanties russes sur le fait qu’aucune plainte ne sera déposée à la CPI contre des responsables militaires, sécuritaires ou gouvernementaux syriens. Sur le principe, une partie des groupes armés seront intégrés dans l’armée syrienne. Les Russes ont élaboré une liste de ces groupes, qui englobe spécialement ceux qui ont signé la trêve et qui ont coopéré avec le centre russe Hmeimem pour la réconciliation.

Les Syriens se sont également engagés dans le plan devant les Russes à édicter une amnistie générale pour les officiers déserteurs, surtout ceux qui se trouvent toujours dans les camps de réfugiés en Turquie, sans qu’ils ne se livrent à des activités hostiles à l’armée syrienne. De même que l’armée syrienne ne fera l’objet d’aucune restructuration. Quant à savoir si les services de sécurité feront ou non l’objet d’une restructuration, la question sera tranchée lors de la rencontre de Moscou.

Il est attendu que se tienne à Damas et non pas à Genève, une conférence nationale syrienne englobant des opposants de l’intérieur et de l’étranger avec des garanties russes sur la sécurité.

Cet article a été traduit et édité par Syria Intelligence (As-Safir, par Mohammed Ballout, le 02 sept. 2016)

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